Keep moving forward

J’ai toujours eu ce besoin de bilans et de résolutions, de formulation de nouveaux objectifs qui se fait sentir en temps des fêtes – tradition oblige. S’arrêter en bordure de route, regarder son bagage, ses provisions, puis déplier sa carte et questionner la route devant soi.

J’avais la volonté de publier trois billets sur l’alimentation pour inaugurer mon blogue. Ma fin d’année s’étant bousculée, j’ai pris moins de temps pour l’écriture. D’un autre côté, même si j’avais une idée de la ligne directrice de mon dernier texte sur le sujet, je n’avais pas encore eu l’étincelle qui allait motiver sa rédaction.

Dernièrement, les groupes Facebook à thématique végée que je suivais s’avéraient de plus en plus décevants, devenant de véritables plateformes à omnibashing (oui – médire en gang sur les personnes qui mangent de la viande) et je n’y trouvais plus rien de constructif ou d’inspirant. Je connaissais le stéréotype du végétarien stigmatisé par les autres, je ne ressentais pas le besoin de prendre ma revanche en vilipendant ces « autres » (99% de mon entourage ?).

Quelle déception. Quand des considérations éthiques te poussent à revoir ton régime, que reste-t-il de valeureux si, du jour au lendemain, tu perds ton respect pour la majeure partie des gens qui t’entourent ? Je doutais de la crédibilité, de l’influence positive que quiconque pouvait avoir en se dressant contre pratiquement tout le monde autour de lui.

Je ne savais plus trop quelle forme pourrait prendre mon militantisme végé en 2016, un peu égaré après avoir pourtant avoir passé une année à rendre mon action plus concrète. Une seule volonté m’animait ; to keep moving forward (devise ici empruntée à une certaine famille Robinson).

Un retour à la librairie où j’avais déjà travaillé a alors enclenché le processus réflexif.


 

Le livre du Nutritionniste urbain est arrivé au hasard pendant mes réflexions pour cet article. De retour en librairie grâce à un contrat temporaire qui devaient assurer un service continu pour la cohue du temps des fêtes, Sauver la planète une bouchée à la fois est apparu sur un charriot de nouveaux livres à placer (*Prouing!* Bruit de magie.) pendant mon quart de travail. Tout de suite séduit par le titre, j’ai lu la quatrième de couverture rapidement en faisant une place pour une pile des exemplaires de cette nouvelle parution sur une table de nouveautés. J’ai payé le livre à la fin de mon shift et j’ai entamé sa lecture immédiatement.

L’auteur, Bernard Lavallée, nutritionniste de formation, propose une approche responsable et éclairée de la nutrition.

Ici, on parle de protéines éthiques, de carbohydrates d’origine durable, et on surveille les calories pour éviter la prise de poids de l’atmosphère en termes de tonnes de CO2.

12562845_1097111463652669_541915038_oLavallée a même eu la témérité de documenter (et de tester) la consommation d’insectes de micro élevage. L’ONU (FAO) avait émis ses recommandations sur la consommation d’insectes il y a quelques années, considérant que l’humain devrait bientôt s’y mettre afin de satisfaire à la faim de la population toujours grandissante. J’hésite parfois à énoncer des valeurs profondes parce que je ne les trouve pas sexy, pas vendeuses. Dans Sauver la planète une bouchée à la fois, on va jusqu’au bout de la logique sans tenter de camoufler les portions moins reluisantes de ce qu’une alimentation responsable impose. L’emballage (le livre lui-même, sa couverture et sa présentation intérieure) est un argument de vente suffisant.

Et puis, à bien y penser, un insecte n’est pas tellement plus dégoutant qu’une crevette ou une langouste avec ses yeux et ses pattes.

Le Nutritionniste urbain défend une large part des valeurs que je représentais sur le plan de l’alimentation. J’ai lu son livre en souriant, mais en sentant descendre ma motivation intérieure. Parce que lorsque l’on s’investit d’une mission, de découvrir qu’une personne est porteuse de la même que soit a parfois cet effet démotivant, peut entrainer ce sentiment de désinvestissement. Le Nutritionniste défend les mêmes idées que moi et il le fait très bien – alors à quoi bon poursuivre dans la même direction? Et pour préciser mon sentiment, j’aurais même dit « pourquoi poursuivre dans SA direction ? ».

Lavallée défend les mêmes idées que moi, et il a la crédibilité d’un nutritionniste diplômé. Ne vous méprenez-pas : je vous recommande chaudement, à tous, cette lecture inspirante et hautement conscientisante. Il s’agit d’un ouvrage-phare dans le domaine de l‘alimentation, d’une approche inédite et courageuse de la nutrition.

Hey ! J’ai collé des coups de cœur sur sa couverture !

Mais, en parallèle, je sentais la lassitude me gagner peu à peu, entre autres en voyant les publications des groupes à thématique végée passer dans mon fil d’actualité. Je me suis désinscrit de tous, les uns après les autres. J’étais prêt à aller ailleurs, sans savoir où.

J’étais en panne sur le bord du chemin, et ma carte routière était un quadrillé de chemins inconnus qui rencontrait des chemins déjà empruntés.


 

J’ai découvert le Restaurant Day par l’entremise d’une amie qui offrait des pâtisseries chez un bouquiniste local à l’édition de février 2015 de ce festival. J’étais curieux, mais je n’avais pas pris le temps de m’informer convenablement sur le petit festival. Peu importe : je voulais encourager mon amie.

J’ai donc appris à connaître un festival qui invitait quiconque le voulait à se réapproprier l’espace public afin de monter, l’instant d’un jour, le restaurant éphémère de ses rêves. J’avais à peine quitté la bouquinerie, la bouche encore chaude du thé blanc qui accompagnait la pâtisserie végane que je venais d’enfourner, que les idées fourmillaient. Le restaurant de mes rêves ?

J’ai alors mis en œuvre un grand projet : monter un restaurant végétarien (même végétalien, en fait) qui serait gourmand plutôt que purement axé sur la santé. Je n’ai jamais voulu évacuer l’aspect santé de la nutrition, mais vous savez maintenant que j’ai de la difficulté à tenter de vendre des idées qui n’ont pas un bel emballage ;

Je sentais que la ville de Québec n’avait pas encore assez mis de sexy dans son veggie.

J’ai alors rassemblé dix amis. Dix amis avec qui j’allais pouvoir mettre de la bouffe éthique et responsable dans la bouche de tant d’autres. Au fil d’échanges et de rencontres, nous avons mis au point un menu (différentes variétés de hamburgers et de brownies) et un plan d’action. Notre restaurant allait se déployer le 15 mai, sur le terrain d’un édifice public qui abritait différents organismes. Nos objectifs étaient simples : 1. Proposer un évènement végétalien et sans cruauté, zéro déchet et local, 2. Bonifier l’offre en alimentation végée et écologique à Québec, et 3. Offrir les fonds amassés pour un organisme en lien avec les valeurs représentées. (La fondation David Suzuki a été choisie.)

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L’évènement fut une réussite qui alla bien au-delà de nos attentes. Nous sommes tous ressortis de cette après-midi avec le sentiment du devoir accompli et celui d’avoir oublié de respirer pendant 3 heures. Nous suffoquions d’enthousiasme.

Était-ce cela la prochaine étape ? Donner l’expérience de la bouffe végée plutôt que son fondement, son sens ? J’y ai cru. Il ne m’a pas fallu 6 mois pour récidiver et faire du Restaurant Day une expérience plus englobante encore (le Restaurant Day a lieu tous les trimestres). Dans une école d’alphabétisation où je travaille, nous avons élaboré un menu avec les participants immigrants en apprentissage du français. Cette fois-ci, nous voulions 1. Faire découvrir aux Québécois les mets classiques des pays des gens que nous accueillions, 2. Sensibiliser les gens à la réalité des personnes immigrantes (nous étions – et sommes encore – en pleine crise à propos de l’immigration syrienne, à Québec) et 3. Remettre les fonds amassés à l’organisme Lis-moi tout Limoilou.

Bonus : nous avons utilisé les conseils de conservation des aliments du Nutritionniste urbain afin de préparer une partie de la nourriture en avance pour le jour où se tiendrait le restaurant.

Cette édition fut déstabilisante tant elle fut populaire. Ce qui avait était préparé afin de fournir 3 heures d’ouverture n’en aura permis qu’une seule et demi. Tout avait été vendu en un temps record. Les personnes immigrantes aux cuisines, bhoutanaises, népalaises, colombiennes et birmanes, étaient réjouies. Elles tentaient de communiquer, aussi bien que leur niveau de français le permettait, avec les Québécois venus déguster leurs plats. Ils se sont improvisés serveurs, chef de cuisine, plongeur, et même vulgarisateur de menu pour les personnes désireuses d’en savoir plus sur le contenu de leur assiette.

Pour un instant, ces personnes que l’on entasse dans des loyers à prix modiques sans même leur offrir de francisation adéquates échangeaient de façon enthousiaste et honnête avec leur peuple d’accueil. Pour un instant, après les premiers balbutiements timides de la journée nous avons été ensemble, et la barrière de la langue ne comptait plus. Les gens riaient doucement, échangeaient, tentaient de se comprendre, s’assuraient que tous ne manquent de rien. Je vous ai déjà parlé du pouvoir reliant de la nourriture, de l’aspect communiant du repas via le récit d’un souper de famille dans Tartare de betterave. La bouffe nous refaisait le coup du vivre-ensemble.

Je pensais à ces syriens qui causaient toute une controverse en regardant une participante birmane offrir ses fiazzus (orthographe approximatif) aux clients. Elle n’était pas syrienne, mais elle était musulmane et voilée. Et c’est bien de cette religion dont on avait peur, bien avant de craindre le pays d’origine. Elle leur souriait. Et elle était tellement contente de partager sa cuisine.

Je repensais à ces gens qui avaient fuit leur pays. Accueillons-les, « mais pas les jeunes hommes frustrés de vingt ans », merci Régis Labeaume.

En voyant notre participante sénégalaise servir l’empanada colombien à un beauportois, je me le demandais de plus en plus.

Je me demandais quand nous apprendrions à vivre ensemble. Tous ensemble.

Peut-être que ce serait ça, mon 2016 : se servir de la nourriture comme d’un prétexte pour vivre ensemble.

Je regardais la route devant moi, toujours la carte en main. Puis, je réalisai que j’avais laissé de côté le plus important.

Je me retournai pour regarder qui voyageait avec moi.

 

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Le Nutritionniste urbain a aussi un blogue. Allez donc voir ses prédictions tendances 2016 pour débuter l’année ! →

Un article de la Presse sur les recommandations liées à la consommation d’insectes →

Le site officiel du Restaurant Day 

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